Pourquoi les rappeuses françaises ne percent pas

Les rappeuses françaises semblent être condamnées à, tôt ou tard, faire face à un plafond de verre, rendant leur exposition mainstream impossible. Le seul cas notable de rappeuse française ayant connu un large succès commercial fût la rappeuse Diam’s. Et cette exception reste tenace, puisque 9 ans après avoir annoncé la fin de sa carrière, il est plus que difficile d’imaginer ne serait-ce qu’une prétendante à son trône, laissé vacant.

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Pourquoi les rappeuses françaises ne sont pas connues au même titre que leurs collègues masculins ?

1) Il y a beaucoup moins de rappeuses que de rappeurs

Simple rappel statistique et pourtant très négligé : il y a beaucoup moins de rappeuses que de rappeurs.

rappeurs

Supposons que sur 20 rappeurs, seulement 1 atteigne un succès commercial très important. Appliquons ensuite cette même logique aux rappeuses. Si l’on suppose que le nombre de rappeurs français s’élève à 500 et que le nombre de rappeuses françaises s’élève à 30, le fossé est déjà remarquable puisque 25 rappeurs masculins auront réussi, alors que seulement une rappeuse féminine aura passé la barrière mainstream.

2) L’exemple américain est biaisé

De par cette question du nombre et de la proportionnalité, il est impensable de prendre les États-Unis en référence. Oui, il y a actuellement des rappeuses féminines ayant réussi en Amérique : Cardi B, Nicki Minaj ou Iggy Azealia dans le game actuel, Lil Kim, Missy Elliott, Lauryn Hill, Foxy Brown ou Eve, pour les plus anciennes. Mais ceci s’explique entre autres par le nombre. La population américaine (325 millions d’habitants) étant largement supérieure à la population française (66 millions d’habitants). Mécaniquement, il y aura plus de rappeuses qui sortiront du lot.

3) Certains thèmes sont réservés aux rappeurs masculins

Factuellement, une rappeuse française peut aborder les thèmes qu’elle souhaite. Mais du fait d’une misogynie latente, à la fois de la part des auditeurs, mais également de la part d’acteurs du milieu, les possibilités de thèmes sont réduits. Et sachant que ce sont des thèmes prépondérants et vendeurs dans le rap français, une rappeuse part déjà avec un sévère handicap dès le début.

Le gangsta rap

Une rappeuse se lançant dans le gangsta rap et adoptant ses codes (armes, violence, drogue) suscitera immédiatement la moquerie. Cette thématique étant associée aux hommes, risquer de s’aventurer sur ces sujets en tant que femme est l’assurance de recevoir blâmes et insultes. La culture de la violence étant associée aux hommes socialement (surreprésentation carcérale) et génétiquement (taux de testostérone et capacité physique beaucoup plus élevée que chez les femmes), voir une femme s’en emparer peut désarçonner et ne pas être interprété comme crédible.

Le rap à connotation sexuelle

C’est un peu moins le cas aux États-Unis, mais il est très difficile pour une rappeuse française de parler de ses ébats sexuels à la sauce egotrip comme pour ses compères masculins. Le seul exemple est celui de la rappeuse Liza Monet, qui a suscité moqueries et menaces de mort après son morceau My Best Plan. Dans ce morceau, elle y décrit son plan cul parfait et détaille ses pratiques sexuelles. Ce genre de morceau est très répandu parmi les rappeurs français mais au féminin celui-ci choque, beaucoup estimant qu’il y a un manque de pudeur et que cela dégrade l’image de la femme.

Ces réactions sont le fait de la mentalité française, moins encline à tolérer qu’une femme raconte ses ébats sexuels. La société américaine adopte un point de vue plus libéral dans ce domaine, des rappeuses comme Nicki Minaj, Lil Kim ou Cardi B ayant adopté ce créneau, sans grands remous.

Remarquons d’ailleurs que le peu de rappeuses ayant percé en France ont soigneusement évité ces thèmes. Keny Arkana, Diam’s ou Casey n’ont à aucun moment tenté de rapper sur ces sujets et c’est ce qui explique leur succès commercial.

La France ne semble pas être un terreau fertile pour l’émergence de rap stars au féminin et le cas Diam’s demeure hors-sol. Ce constat devrait néanmoins s’amenuiser au fil des années. Tout d’abord parce que le rap accueille de plus en plus d’auditrices.

Et également parce que le rap se commercialise et attire de plus en plus, il est donc tout à fait possible que les sujets qui étaient auparavant honnis, soient dans un futur plus ou moins proche, acceptés par la partie féminine d’auditrices, qui aura pris de plus en plus de place et qui imposera son agenda. On peut déjà entrapercevoir les prémices de ceci dans le relatif succès de la rappeuse féministe Chilla, qui même sans connaître un grand succès, possède une solide fanbase et est écoutée par un grand nombre de femmes.

Tibbar
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