Kobo – Période d’Essai

Critique

Nous vous en parlions ici : Kobo était l’un des rappeurs belges qu’il fallait absolument suivre en 2019. Nous vantions la qualité de ses clips, de sa plume, de sa musique, et nous disions qu’il avait énormément de potentiel. Il vient de sortir son premier projet solo, un album intitulé « Période d’Essai ». A-t-il répondu aux attentes ? Verdict plus bas !

Une cover soignée…

La première chose qui saute aux yeux avec Période d’Essai, c’est son excellente cover. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, d’un côté, Kobo est masqué, de l’autre, il apparait à visage découvert. Il faut savoir que depuis le début de sa carrière, il se présentait toujours avec un masque, que ce soit dans ses clips ou dans ses interviews, et avec cet album, il a décidé de sauter le pas et de le retirer. Ce qui laisse entendre qu’il y a une volonté de se dévoiler, et pas juste physiquement, puisque le CD est très mélancolique et contient beaucoup d’introspection (il s’agit d’ailleurs du titre de l’intro). Selon le rappeur, « Kobo » signifie « noir » en lingala (du moins l’expression sert à désigner des Noirs). La noirceur de la pochette colle donc parfaitement au nom Kobo et aux thèmes plutôt sombres que celui-ci développe tout au long du projet. Ce qui en fait une des meilleures covers de 2019, tant au niveau de son esthétique que de son sens. Elle a été faite par Rægular, à qui l’on doit également certaines pochettes comme UMLA d’Alpha Wann ou FLIP de Lomepal.

Toute son imagerie est soignée !

Comme nous le disions dans l’introduction de l’article, Kobo avait une imagerie très travaillée et ce depuis le début de sa courte carrière. Il nous en avait déjà mis plein les yeux en 2016 avec le clip magnifique de Présumé Sobre -qu’on aurait aimé voir sur l’album tant elle colle bien à l’ambiance et aurait mérité plus d’auditeurs-, et il a continué jusqu’à ce projet, que ce soit au niveau de la cover, des illustrations pour les singles ou des clips, tout est beau. Son dernier coup d’éclat en date est le double clip de Nostalgie et Succès (toutes deux figurent dans l’album). Il s’agit en fait d’un court métrage réalisé par Antoine Besse, on vous laisse admirer le résultat :

Nous vivons dans une époque où l’image est devenue aussi importante que la musique, et ce grâce à l’apparition d’Internet. Kobo l’a bien compris et son imagerie est aussi travaillée que sa musique, c’est tout à son honneur et c’est pour cela qu’on se devait d’en parler.

Parlons musique

La forme de l’album et tout ce qui l’entoure est très bonne, et le fond également. En effet, Période d’Essai est superbement bien produit, et surtout bien mixé. Il faut dire que le bruxellois est bien accompagné puisque l’on retrouve l’ingénieur du son NKF. Le même NKF qui s’occupe des albums de PNL, et qui a déjà collaboré avec Damso, Orelsan et Siboy. Il y a d’ailleurs quelques similitudes entre Kobo et PNL. Déjà cet univers aérien et planant, teinté de mélancolie, avec des paroles crues qui parlent de la rue. Rajoutons à cela ce refus de faire des feats jusqu’à présent et des clips très travaillés. Il s’inspire et s’entoure des meilleurs pour devenir meilleur. Et contrairement à beaucoup d’autres rappeurs, quand il raconte la rue ce n’est pas pour l’encenser et en avoir une vision fantasmée, au contraire, l’objectif est d’en sortir et de se faire de l’argent proprement.

  • Ainsi, dans Introspection, il traite de l’industrie musicale, et semble tacler les rappeurs qui idolâtrent la rue :

Tous les soirs, je prie et je médite (mon Dieu)

Pour vaincre les démons qui m’habitent (aide-moi)

Il est grand temps de quitter la street

Réinvestir le bénef’ en Afrique (ouais)

Trente balais, toujours en train d’parler de bibi (toujours)

Frelon, j’crois qu’tu t’es perdu dans la matrice (perdu)

  • Et dans Style Libre, il critique ceux qui ont le choix et qui choisissent l’argent sale :

J’t’ai proposé la musique, t’as préféré devenir proxénète

Persuadé qu’on ne pouvait rien construire sans être malhonnête

C’est mieux que nos chemins se séparent ici pour être honnête

T’es absent quand j’ai les poches vides, présent quand elles sont pleines

Le rappeur se pose souvent comme un spectateur de ce qu’il se passe autour de lui, le décrit et fait part de ses pensées. Il aborde différents thèmes comme l’ambition, l’argent, l’amour/la rupture, la drogue, et bien sûr la rue.

Conclusion

Evidemment Période d’Essai contient quelques petits défauts, ou du moins des regrets pour l’auditeur. Les thèmes sont un peu répétitifs par moment, et Kobo reste en surface, c’est-à-dire qu’on en apprend assez peu sur qui il est vraiment, il se dévoile mais garde une grande part de mystère autour de sa personne, de son enfance, du Congo où il a vécu… On en apprendra peut-être plus lors du prochain opus.

Et petite déception : toujours pas de feat avec Damso, alors qu’on sait que les deux artistes sont assez proches, que ce soit artistiquement ou humainement (l’auteur de Batterie Faible était d’ailleurs présent à la release party). Ceci dit, Damso n’était pas nécessaire à la réussite du premier projet de Kobo puisque cet album est excellent même sans, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’un feat aurait apporté énormément de visibilité à l’œuvre, qui le mérite.

Finalement, l’artiste a répondu à nos attentes : Période d’Essai est un très bon disque, les mélodies sont entêtantes (Blessings), et surtout il y a de la diversité : des sons aériens (Baltimore), de la trap efficace (Follow Me), des morceaux plus kickés (Serpent) et même un son plus dansant (Nouveau Départ). Ça fonctionne très bien sur scène qui plus est. Et après plus d’un mois d’écoute, on ne s’en lasse pas et on y revient souvent. Le rappeur a pris des risques et ça paye, puisque l’album a reçu un beau succès d’estime, tant par la presse spécialisée que par le public. Et nous avions classé ce dernier parmi les meilleurs albums de 2019 jusqu’ici, donc si vous ne l’avez pas encore écouté, arrêtez tout et faîtes-le.

Rotka
Rotka
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